The Gentlemen : Retour sur le blockbuster de 2020

The Gentlemen

Le détective privé Fletcher se faufile au domicile du gangster Raymond Smith pour lui raconter comment son client, Big Dave, le caïd des tabloïds, voulait se venger de son patron, le plus important trafiquant de drogue britannique, l’Américain Mickey Pearson. Fletcher raconte comment Pearson a offert son royaume au milliardaire Matthew Berger, qui est impatient de tout laisser tomber et de prendre sa retraite avec sa femme et sa partenaire en affaires Rosalind. En fait, Raymond connaît très bien l’histoire et sait que Fletcher est venu le faire chanter avec des preuves d’un meurtre qui ont été gardées secrètes. Mais ce n’est que le début d’une série de trahisons et de révélations qui impliquent également un trafiquant de drogue chinois, un milliardaire russe et ancien espion du KGB, et le gangster de quartier fou Coach, qui dirige une bande de rappeurs et de lutteurs.

Guy Ritchie retrouve le ton et les personnages des films de gangsters qui l’ont rendu célèbre, même si l’énergie et la charge du passé semblent désespérément lointaines.

Avec The Gentlemen, Guy Ritchie est revenu à ce qu’il fait de mieux : raconter l’histoire de criminels impitoyables et ironiques, modérément fous et très cool. Les problèmes sont essentiellement au nombre de deux : apprécier ou non le genre et, surtout, comprendre quelle place il peut occuper dans le cinéma d’aujourd’hui.

Pour le premier problème, nous ne pouvions même pas trouver de solution, selon le plaisir ou non du spectateur unique ; pour le second, au contraire, sachant que dans les années où des films comme Lock & Stock et The Snatch (qui à la fin des années 90 a créé la formule astucieuse du film de gangsters ultra-pop) ont eu des répétitions infinies, c’est Ritchie lui-même qui offre la faille : The Gentlemen est un film de la fin des années 90, “old-school, 35 mill, anamorphique, ou ratio 2. 35 contre 1” comme le dit le détective et narrateur interne Fletcher, en présentant son récit. Avant cela, donc, l’ouverture sur le logo de Miramax, l’ancienne société de production de Harvey Weinstein aujourd’hui relancée, sonne comme une réminiscence : pour le cinéma de Guy Ritchie, le temps n’est pas passé en vain, même si par le passé son style a été une école.

Ainsi The Gentlemen – qui, pourtant, avant l’explosion de la pandémie de covid-19 avait atteint près de 120 millions de dollars au box-office mondial : pas mal pour une production de 20 millions – est pour son réalisateur (également auteur du scénario) un retour aux sources et pour ses interprètes des retrouvailles entre amis du show-biz.

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Comme souvent dans ces cas-là, le spectateur a l’impression que le plaisir est plus derrière et devant la caméra que devant l’écran, bien que les ingrédients d’un spectacle en grand style soient tous là : intrigue criminelle entre trafiquants de drogue, milliardaires et magnats de la communication ; une intrigue aux révélations continues ; élégance et fraîcheur dispensées à pleine mesure ; une bande-son superlative (Cream, Roxy Music, Paul Welller, Johnny Rivers). Le jeu grotesque des interprètes – du prétentieux Matthew McConaughey à l’amusant Colin Farrell, de l’efficace duo Hugh Grant-Charlie Hunnam au britannique Eddie Marsan et à Michelle Dockery, la seule femme d’une distribution entièrement masculine – ne fait qu’ajouter au niveau d’excitation professionnelle du film.

L’élégance des costumes de Michael Wilkinson, avec ces couleurs automnales typiquement britanniques, est peut-être ce qu’il y a de mieux dans The Gentlemen, dont le protagoniste, un impitoyable caïd du trafic de drogue fatigué de ses propres conquêtes, prétend être un produit de l’embourgeoisement. Ritchie est heureux de montrer ses personnages sirotant du thé, bavardant autour d’une luxueuse table de barbecue, cachant des laboratoires de narcotiques sous d’élégants domaines aristocratiques. Bien sûr, derrière les apparences, le monde du crime est toujours le même qu’avant : cadavres dans les congélateurs, balles dans le front, coups et poursuites dans les ruelles. Mais plus que fatigué, le monde de l’adrénaline de Ritchie semble s’ennuyer – par lui-même, par l’obligation de se précipiter, par l’accumulation des personnages et des lignes narratives.

C’est ce qu’explique à nouveau Fletcher, qui dit prendre et analyser des photos et des enregistrements comme Gene Hackman dans The Conversation, même s’il trouve que le film n’est pas pour lui : “un peu ennuyeux, pour être honnête”. Il est difficile de ne pas penser que c’est Ritchie lui-même qui parle, conscient qu’il aspire à un autre type de cinéma (et heureusement, il n’essaie même pas de le refaire, Coppola) mais aussi qu’il aspire au mieux à une reprise de sa propre imagerie.

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Avis et critique :

Aller de l’avant n’apporte pas toujours des améliorations. Preuve en est le dernier film de Guy Ritchie, The Gentlemen, qui marque le brillant retour du réalisateur britannique, après les déviations par rapport à sa matrice et sa marque de fabrique d’origine représentées par Aladin (2019), le Roi Arthur (2017) et d’une certaine manière aussi par Operation UNCLE (2015), ainsi que’ par le diptyque sur Sherlock Holmes, aux origines qui avaient décrété son succès avec un style narratif et cinématographique bien défini et centré sur l’univers de la pègre londonienne.
Personne n’a vraiment l’illusion que le crime organisé anglais combine la cruauté et l’avidité avec l’attitude indéfectiblement détachée, sophistiquée et, si je puis dire, “cool” qui caractérise les personnages de Guy Ritchie, mais il est indéniable que les trouver à l’écran est un plaisir, comme de retrouver un cousin un peu sauvage que l’on aime et, au fond, que l’on admire et un peu envie sans l’avouer.

L’Américain Mickey Pearson, bien joué par Matthew McConaughey, s’est installé à Oxford pour l’université et est rapidement devenu un baron de la drogue qui a su exploiter ses liens avec les barons, les vrais sang-bleu, pour construire un empire commercial dédié à la production et à la distribution de marijuana.
Ayant atteint le seuil de la cinquantaine, marié à Rosalinde, une londonienne, il décide de s’affranchir de la loi en proposant son entreprise à la vente à l’entrepreneur juif Matthew, soutenu par d’anciens gardes du corps du Mossad.
Cette décision déclenche une série d’effets secondaires et d’histoires qui font intervenir de nombreux personnages secondaires, parmi lesquels Colin Farrell excelle, et qui sont magistralement narrés par Fletcher, un journaliste à la solde d’un tabloïd anglais typique opposé à Pearson, qui entend faire du chantage pour monétiser les informations qu’il recueille, et celles qu’il invente pour combler les lacunes de ce qu’il ne sait pas, dans une longue conversation avec le factotum de Pearson, Raymond, bien caractérisé par Charlie Hunnam, beaucoup plus à l’aise ici que dans le rôle du roi Arthur. Un Hugh Grant en grand, et cinématiquement nouveau, spolvero donne à Fletcher un charme inhabituel pour l’acteur britannique populaire mais qui lui permet de s’écarter, et on pourrait dire finalement, des attentes de rôle qu’il avait accumulées tout au long de sa carrière.

Mélangeant la vivacité et la rapidité proverbiales des dialogues, tarantinesques mais en même temps sans équivoque, réalisés à la manière de Ritchie, avec une brièveté soignée et évidente des costumes et des scènes et une bande-son agréable, caractérisant sans être intrusive, The Gentlemen s’avère être un film très agréable qui sollicite ce que le spectateur attend de Guy Ritchie, assaisonné de citations cinéphiles bienveillantes (The Conversation de Coppola, les films analogiques) et de belles auto-citations (dont les cochons de Snatch et l’affiche de l’opération ONCLE entre autres) et une excellente utilisation de la caméra au service d’un rythme narratif irrésistible qui permet en même temps, grâce à la narration captivante de Fletcher, de ne pas perdre le fil qui traverse toute l’histoire jusqu’à sa fin, en partie inattendue.

Un pas en arrière, mais vers la qualité des origines de Guy Ritchie. The Gentlemen ne restera pas dans l’histoire du cinéma pour son innovation, mais c’est un film de genre solide, bien écrit, réalisé et interprété.
À notre époque, ce n’est pas si mal !

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